Comment solliciter efficacement l’intelligence collective d’un grand groupe ?

La SNCF a été reconnue le 30 novembre 2012 pour sa capacité à réinventer sa démarche d’innovation collaborative lors des Trophées de l’Innovation Participative organisés par l’association Innov’Acteurs, qui regroupe 70 entreprises (dont un tiers du CAC40), associations, collectivités et administrations en France autour d’une même volonté : développer l’Innovation Participative dans les organisations.

« Une démarche ancienne qui a su se réinventer, qui touche toute lentreprise sur tout sujet dans un processus encadré et efficace avec une implication managériale forte. »

Le pilotage de cette démarche est fait au sein de l’Université SNCF (RH) et mobilise quelques 250 animateurs locaux.

ExploLab a aidé la SNCF à concevoir et entreprendre cette transformation. Explication et détails avec Anouk Safrano, responsable de la Démarche d’Innovation Participative à l’Université SNCF :

Quest ce que linnovation collaborative à la SNCF ?

L’innovation collaborative, c’est la production des idées par les salariés et les collaborateurs au sein de l’entreprise.

L’Innovation Participative n’est pas une pratique nouvelle dans l’entreprise, elle existe depuis 1938 avec les premières boîtes à idées mises en place, à l’initiative de managers. Dans les années 90, un réseau clairement défini d’animateurs se structure et des budgets sont dédiés. En 2005, l’innovation participative devient une démarche au cœur de la stratégie de SNCF. En 2011, nous avons souhaité mettre en place de nouvelles règles du jeu pour rendre le dispositif plus efficace et plus aligné avec les enjeux stratégiques du groupe.

 Quest-ce qui a changé en 2011, quelles sont ces nouvelles règles du jeu ?

Finalement nous avons complètement inversé le processus en demandant aux managers de s’engager sur un nombre de projets qu’ils sont en capacité de transformer rapidement afin que les collaborateurs qui participent aient une vision claire de ce pour quoi leurs contributions seront utilisées

Les composantes de ce dispositif collaboratif sont les suivantes :

  • Des destinataires finaux explicites
  • Un sponsor officiel et des supporters dans les autres branches
  • Un engagement à faire, en cycle court
  • Un outil collaboratif SI, de type blog, favorisant l’enrichissement par les uns d’idées émises par d’autres
  • Un accompagnateur au sein de l’Université SNCF qui supervise toute la campagne, de l’appel à idées à la transformation des projets
  • Une durée limitée d’appel à idées
  • De la reconnaissance : cadeaux, cérémonie, publicité sur la mise en en œuvre
  • Les lauréats associés à la transformation des projets

Quels étaient les objectifs de cette refonte de lIP ?

Nous voulions rajeunir l’Innovation Participative dans l’entreprise et lui rendre une dynamique un peu perdue. C’est une démarche pérenne, mais qui doit être réinventée et modernisée régulièrement.

Nous voulions mobiliser les salariés sur des problématiques qui sont des sujets majeurs et stratégiques pour l’entreprise et lier Innovation Participative et innovation institutionnelle.

Nous voulions également que la transformation des idées se fasse en cycle court. Véritable défi dans une organisation comme la nôtre!

Quels sont les facteurs clés de succès ?

– Le sponsoring et le management

Nous avons voulu que la transformation des projets issus des campagnes collaboratives soit actée et fasse partie de l’engagement du sponsor. Ainsi, le projet n’arrive pas de façon inopinée, la charge supplémentaire est en partie anticipée quelques mois en amont.

C’est un atout considérable pour assurer la transformation des projets.

– Donner naissance à un véritable projet

Nous insistons sur le principe de co-construction des idées et l’aspect collaboratif. C’est un élément structurant de ces opérations et relativement nouveau pour la démarche : le rôle des contributeurs est bien sûr de faire part de leurs idées mais aussi, et c’est au moins aussi important, d’enrichir les idées déjà postées sur le forum.

Au final, ce sont les idées et les contributions associées qui peuvent donner naissance à un projet. Pour qu’une idée (ou une bonne intention, ou un constat…) soit retenue par le jury, elle doit constituer un véritable projet. C’est grâce aux différentes contributions que s’opère la transformation de l’idée en projet, la mise en qualité.

– Réussir la transformation des projets en cycle court et faire un bilan

Nous devons, après quelques mois être en mesure de dire : « oui », cette idée apporte un réel plus, mais aussi de dire « non », elle n’est pas concluante. Ce fonctionnement qui s’apparente à de l’incubation de projet est un réel plus. Nous sommes en mesure de dire aux salariés où en sont leurs idées, ce qu’elles deviennent et d’apporter la preuve que ces idées prennent vie. Les mesures effectuées permettent ensuite de savoir s’il faut poursuivre, ajuster ou arrêter le projet.

Des exemples ?

–       Signal confort : un dispositif permettant au agents SNCF de signaler depuis leur smartphone un dysfonctionnement pouvant perturber le confort des voyageurs.

–       Transilien Hackathon des cheminots : Le jury Transilien a retenu 3 idées d’applications mobiles permettant d’améliorer l’information des voyageurs en situation perturbée. Ces trois propositions ont servi de matières premières à des développeurs informatique professionnels ou amateurs, personnels de la SNCF lors d’un marathon numérique où des applications ont été développées. 

–       TER et les étudiants : La création d’une page dédiée aux étudiants sur le site TER de certaines régions, afin de s’adresser spécifiquement à cette cible, avec le contenu qui les intéresse tout particulièrement.

Merci Anouk pour ces explications et encore bravo pour ce trophée !

Retrouver le témoignage dAnouk Safrano dans le livre de Muriel Garcia et Nadège de Peganow  « Innovation Participative. Remettre l’humain au coeur de l’entreprise »

Innovation participative