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Rapport Attali : libérer la croissance en France !

Nous ne saurions que trop recommander la lecture du Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française (téléchargement complet gratuit), dit rapport Attali.

Attali

 Largement critiqué pour son aspect « liste à la Prévert » de 314 mesures, dont on ne peut pas retirer une seule sans que l’édifice s’écroule, il n’en demeure pas moins que ce rapport est un hymne optimiste à l’action , qui nous change des postures d’analyses pessimistes… livrées a posteriori, biais Français traditionnel.

Beaucoup de libéralisme, donc (trop ?), mais aussi et surtout du bon sens.

Morceaux choisis :

  • « les Français ont les moyens de retrouver la voie d’une croissance forte, financièrement saine, socialement juste et écologiquement positive« 
  • « Le monde est emporté par la plus forte vague de croissance économique de l’histoire, créatrice à la fois de richesses inconnues et d’inégalités extrêmes, de progrès et de gaspillages, à un rythme inédit. »
  • « La France dispose d’atouts exceptionnels pour attirer à elle les bénéfices de ce mouvement mondial et pour retrouver une croissance forte : la natalité la plus élevée d’Europe, un système d’éducation et de santé de haut niveau, des infrastructures modernes, des entreprises créatives, une vie intellectuelle et associative dynamique. Elle est la première destination touristique de la planète, le deuxième exportateur au monde de produits agricoles et agroalimentaires, le quatrième fournisseur de services. Ses équipements routiers, aéroportuaires, hospitaliers et de télécommunications comptent parmi les plus performants du monde. Certaines entreprises françaises sont
    parmi les premières mondiales et plusieurs marques ont un rayonnement planétaire dans des secteurs clés pour l’avenir : aéronautique, nucléaire, pétrole, gaz, pharmacie, travaux publics, construction, banque, assurances, traitement de l’eau, téléphonie, services informatiques, agroalimentaire, esthétique, luxe, tourisme.
    Enfin, le pays a la chance d’appartenir à un continent aux richesses immenses, dont la paix, l’harmonie et la stabilité sont garanties par l’Union européenne avec laquelle la France réalise 60 % de ses échanges commerciaux, et par l’euro, qui devient, grâce à sa stabilité une monnaie de réserve mondiale.
    Pourtant, la France prend du retard
    Malgré ces atouts, la France n’a plus depuis 2000 qu’une croissance moyenne de 1,7 % par an. Parce que depuis 20 ans,
    elle n’a pas su se réformer. N’ayant pas abandonné un modèle hérité de l’après-guerre, alors efficace mais devenu inadapté, la France reste très largement une société de connivence et de privilèges. L’État réglemente toujours dans les moindres détails l’ensemble des domaines de la société civile, vidant ainsi le dialogue social de son contenu, entravant la concurrence, favorisant le corporatisme et la défiance. Alors que notre époque requiert du travail en réseau, de l’initiative et de la confiance, tout se décide encore d’en haut, tout est contrôlé dans un climat de méfiance générale.
    Les dépenses publiques françaises sont les plus élevées de tous les pays de l’OCDE et augmentent encore plus vite que la production. Bien que les impôts soient les plus forts d’Europe, le déficit budgétaire se maintient depuis plus de quinze ans audessus de 3 % du PIB, et les intérêts de la dette absorbent à eux seuls les deux tiers de l’impôt sur le revenu. Les conséquences de ce conservatisme général sont catastrophiques, en particulier pour les jeunes. Même si chaque Français produit encore 5 % de plus par heure travaillée qu’un Américain, il produit 35 % de moins que lui au long de sa vie active. La rente est triomphante : dans les fortunes foncières, dans la collusion des privilégiés, dans le recrutement des élites.
    Seules 5 000 entreprises ont plus de 250 salariés. Trop peu d’universités françaises sont prises au sérieux dans le monde. Trop peu de chercheurs travaillent sur les sujets d’avenir, et la compétitivité baisse : depuis 1994, la part des exportations françaises dans les exportations mondiales décroît régulièrement.
    Les inégalités sont plus criantes que jamais : 50 000 jeunes par an, soit environ 6 % d’une génération, proportion considérable, sortent du système scolaire avant la terminale. Seuls 52 % des enfants d’ouvriers obtiennent leur baccalauréat, contre 85 % des enfants de cadres supérieurs. Moins de la moitié des enfants des classes populaires passent le bac général, alors que c’est le cas de 83 % des enfants des cadres supérieurs, qui occupent ensuite l’essentiel des places dans les grandes écoles. 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans qualification. La France compte à la fois plus de 2,5 millions de chômeurs, et plus de 600 000 emplois non pourvus. Le chômage des jeunes, scandale absolu, constitue la preuve de la faillite d’un modèle social : il s’élève en moyenne à 22 % et grimpe jusqu’à 50 % dans
    certains quartiers. Plus de un million de personnes doivent survivre avec le Revenu minimum d’insertion (RMI, soit 441 euros brut pour une personne seule sans enfant) et seuls 338 800 d’entre eux sont inscrits à l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE), dont la prise en charge du chômage est de moins en moins efficace. Les jeunes, les femmes, les seniors trouvent particulièrement mal leur place dans l’économie.
    Le déclin relatif a commencé
    Au total, en 40 ans, la croissance annuelle de l’économie française est passée de 5 % à 1,7 % l’an pendant que la croissance
    mondiale suivait le chemin inverse
    . Alors qu’elle était encore en 1980 la quatrième puissance mondiale en PIB et la huitième en
    PIB par habitant, la France n’est plus aujourd’hui que la sixième en PIB et la dix-neuvième en PIB par habitant. Le déclin relatif peut entraîner un déclin absolu : la prospérité de la France (donc des Français) n’est pas un acquis.
    De plus, si rien n’est fait, la dette publique représentera 80 % du PIB en 2012 et 130 % en 2020. Et même s’il faut, pour la juger valablement, la comparer à la valeur des actifs, la charge du remboursement qui pèsera sur les contribuables de demain sera le triple de celle qu’ils assument aujourd’hui. De plus, compte tenu des évolutions démographiques, le maintien des taux actuels de remplacement des retraites est  compromis : la part des dépenses de retraites dans le PIB devrait passer de 12,8 % aujourd’hui à 16 % en 2050.
    Aussi, si le pays ne réagit pas fort et vite pour un retour à une croissance durable, les enfants d’aujourd’hui vivront beaucoup moins bien que leurs parents : le déclassement du pays et la prolétarisation des classes moyennes en seront les premières manifestations.
    La croissance peut revenir pour tous
    Une croissance économique forte peut revenir pour tous en France.
    Elle suppose la conjugaison de différents facteurs : une population active nombreuse et dynamique, un savoir et des innovations technologiques sans cesse actualisés, une concurrence efficace, un système financier capable d’attirer du capital, une ouverture à l’étranger. Elle passe aussi par une démocratie vivante, une stabilité des règles, une justice sociale. Elle exige la tolérance, le goût du risque, le succès, le respect pour l’échec, la loyauté à l’égard de la nation et des générations à venir, la confiance en soi et en les autres.
    Plus de croissance économique entraînera des progrès concrets pour chacun des Français, qu’il appartiendra à chaque majorité politique de distribuer selon ses choix. Un point de croissance du PIB en plus pourrait signifier chaque année par exemple, tout à la fois, 500 euros de pouvoir d’achat en plus par ménage, 150 000 créations d’emplois supplémentaires, 90 000 logements sociaux de plus, 20 000 enfants handicapés scolarisés, 20 000 places d’hébergement d’urgence créées en plus pour les sans-abri, la généralisation du Revenu de solidarité active pour les allocataires du Revenu minimum d’insertion, une augmentation de moitié des moyens de la recherche sur la santé et les biotechnologies, le doublement de notre aide au développement, et 4 000 euros de dette publique en moins pour chaque citoyen, le tout sans alourdir les impôts ni aggraver le déficit.
    Cela exigera le courage de réformer vite et massivement
    La France peut y parvenir. Dans un délai raisonnable. Elle en a les moyens. Pour cela, elle doit réapprendre à envisager son avenir avec confiance, sécuriser pour protéger, préférer le risque à la rente, libérer l’initiative, la concurrence et l’innovation.
    Elle doit changer de vitesse. Un pays trop lent se désintègre : il ne peut plus financer les solidarités nécessaires à toute société. Un pays trop lent s’appauvrit : ses concurrents lui ravissent l’une puis l’autre de ses parts de marchés, c’est-à-dire ses opportunités de richesse. Un pays trop lent perd confiance en l’avenir puisqu’il ne se donne plus les moyens de le préparer. Un pays trop lent se désole et recule : il vit sous l’emprise de la peur, il voit partout des menaces où les autres voient des chances. Le monde avance, la France doit croître.
    Cette croissance exige l’engagement de tous, et pas seulement celui de l’État : il n’a presque plus les moyens d’agir sur la croissance, bien qu’il reste encore un grand rôle au Politique.
    Les Français doivent en particulier savoir que l’avenir de l’emploi n’est plus dans la fonction publique, et que celui des entreprises
    n’est plus dans les subventions : de très nombreux pouvoirs ont été transférés au marché, à l’Europe, aux collectivités territoriales, à des autorités indépendantes. De plus, le budget des collectivités publiques est contraint par ses faiblesses. L’essentiel de l’action est entre les mains des Français, qui devront vouloir le changement et partager une envie d’avenir, d’apprendre davantage, de s’adapter, de travailler
    plus et mieux, de créer, de partager, d’oser. L’État garde cependant encore une certaine capacité à changer le pays, en commençant par se changer lui-même.
    La réforme peut faire peur, notamment aux plus démunis : alors que ce sont eux qui ont le plus besoin de croissance, l’expérience leur a appris que les adaptations ne profitent en général qu’aux plus favorisés, aux gagnants de la mondialisation. »
  • A propos du plein emploi : « Entre 1936 et aujourd’hui, nous vivons vingt ans de plus et travaillons en moyenne quinze ans de moins. Ces trente-cinq années d’inactivité supplémentaires ont un lourd coût en termes de croissance et ne correspondent pas nécessairement aux aspirations de chacun. »

Le planning…

planning Attali

Par ailleurs, nous ne pouvions laisser passer la décision n°9 sans nous l’approprier (au moins en partie !) :

DÉCISION 9 – Lancer des concours d’innovation.
Les collèges et lycées qui le souhaitent doivent pouvoir entrer en relation avec des universités, des centres de recherche et des entreprises pour organiser des « concours d’innovation » à destination de leurs élèves, pour développer de nouveaux services, ou de nouveaux produits, ou des oeuvres d’art. Ces concours encouragent l’innovation en même temps qu’ils promeuvent le travail de groupe. Les meilleures idées se voient attribuer un financement par les partenaires,
pour réaliser un prototype ou un essai. Celles qui sont éventuellement commercialisées le sont ensuite au profit des élèves et des établissements scolaires.

 

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